LES 60è DELIRANTS Club du Rienfoutre
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LE KILIMANJARO...

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Margot LE KILIMANJARO...

Message  Mimi* le Sam 30 Juin - 1:41


Çà gaze? Un récit de voyages c'est bien pour l'été........
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"KILIMANDJARO
J1


Le rendez-vous avec le groupe de cette équipée organisée était à cinq heures trente à Roissy. Nous nous sommes réveillés à quatre heures quinze et à cinq heures quarante-cinq j'y étais.Mon homme s'était d'abord dispersé dans la direction d'Orly avant de sortir de la torpeur où moi je restais encore un peu juste avant de décider de stresser un gros coup pour ce retard qui s'affirmait non décisif.

Ce n'était pas utile de prolonger les adieux, engourdis que nous étions par le manque de sommeil.

Je me suis retrouvée dans la salle d'embarquement sans problème. J'y ai repéré des gens avec des sacs à dos, certains avec la pochette de l'organisateur. Personne n'a éprouvé l'envie de se faire connaître aux
autres ; moi non plus ; j'allais passer huit jours avec eux, inutile de précipiter les présentations ; j'étais bien décidée à me régaler de ce petit moment de solitude.
Mais c'était la première fois que je voyageais seule et il y avait des annonces qui me tracassaient un peu ; n'étais-je pas là dans une file qui allait m'entraîner jusqu'à Venise ? Allais-je avoir assez de temps pour
trouver ma correspondance à Amsterdam ? Mes bagages prendraient-ils bien le même avion que moi ?
Tiens j'ai entendu le mot " Amsterdam ". Je ne vois personne bouger. Tant pis je vais avoir l'air bête mais je me lève et me présente au guichet ; oui oui c'est bien là, pas de problème, mais il faut aller s'asseoir.

Enfin il y a quand même un moment où je suis dans l'avion, où je fais la correspondance d'Amsterdam, où après un goûter et trois repas je suis à Nairobi, où je descends chercher ma valise après avoir montré quatre fois
mon passeport, où je trouve ma valise, où je veux sortir, où je dois
montrer une cinquième fois mon passeport et....
Quoi ? J'ai deux tampons de visas de sortie ? Et qu'est-ce que j'y peux moi ? Ah!… Il faut aller chercher quelqu'un qui comprenne pourquoi on m'a mis deux tampons de sortie, et à des pages différentes ? Je
prends l'air idiot ... Il vaut mieux qu'il croit que je crois que c'est moi l'andouille ça le rend plus compréhensif ; il montre mon passeport à quelqu'une ; ils me regardent tous les deux en dessous ; ils secouent la tête ; un troisième maintenant ; la situation est terriblement dangereuse pour le pays, ils doivent imaginer dans l'urgence une solution ; Oh ! Et puis tiens on ne va pas se casser les pieds longtemps avec ton passeport nul, prends-le et dégage ; nonchalant,
il me le tend, désintéressé tout à coup, en regardant ailleurs.

A la porte, des dizaines de pancartes avec des noms de groupes sont brandies pour signaler leur organisateur aux passagers ; ça prend longtemps
de les lire toutes avant de découvrir la mienne qui est la dernière. Je me présente au responsable qui reste complètement indifférent ; d'autres me rejoignent ; on se regarde en douce ; on part à l'hôtel.

On a pris deux kilos dans l'avion alors la ratatouille qui embaume tout l'hôtel on ne veut pas en entendre parler ; on monte dans nos chambres ;
petite lessive ; on sait que les gens feront du bruit au matin, pas besoin de s'en faire pour le réveil ; bonne nuit et ... que l'aventure commence!!!

Les Neiges !!! Les Neiges du Kilimandjaro? où tu pourras dormir… dormir…! mais qu'est-ce que Perdre ?... Pourquoi souffrir de La Perte ?... Pourquoi
toutes les Pertes sont-elles ressenties comme de la Souffrance sur une Echelle de Désastre ? Une poussée du bas vers le haut fait monter? Une poussée du haut vers le bas fait descendre? Des poussées de sens contraire qui réunissent ça va.. pourquoi des poussées de sens contraire mais qui écartent c'est La Perte? la souffrance.. Pourquoi Perdre égale souffrance égale Désastre ?

J2

"Mais non !! Ce ne sont pas des carottes ! Ce sont des bananes vertes en sauce !"
Ça y est ! On se tutoie déjà ; on ne peut pas additionner toutes les complications ; détecter ce qu'on est en train de mâcher pour le petit déjeuner est une priorité.

On se répartit en deux voitures 4x4 et voilà, elle va finir par être vraie cette histoire de Kilimandjaro !  
Des véritables petits enfants ! On s'étonne de tout sur la route : " Oh ! Des bougainvilliers !
- Oh ! La couleur rouge de la terre !
Ce qui est vraiment étonnant ce sont ces paysages aux assemblages de couleurs qu'on n'oserait jamais mettre dans un tableau ! Rien que devant nous il y a des rouge, orange, rose, vert amande, vert bronze,
marron, bleu ciel, bleu outremer !
- Oh ! Ces fruits, là, ce sont des mangues ?
Non. Le chauffeur secoue définitivement la tête.
Non on ne s'arrêtera pas pour acheter des mangues.
Flâner un coup sur ce marché. Non!!
Tiens là, des girafes ! Elles se penchent au-dessus des arbres pour les manger !
Oh !! Des gazelles !! Des zèbres ; des autruches ; des marabouts ; des serpentaires ; des tout ce qu'on voit dans les livres d'enfants ; Oh ! Maman t'as vu le? ? Ben où elle est maman ? Bon alors Oh ! Jacques tu as
vu le Grand Hôtel ? Quelques tôles ondulées sur quatre murs ! Villages de tôles et de murs peinturlurés comprenant beaucoup de « Grands hôtels »relatifs, baraques bancales, coincés dans l'amas. Grande activité humaine à pied ou en vélo. Nombreux rassemblements autour de chargements de bananes,
mangues, avocats, ou de ballots de feuillages comestibles inconnus.
On traverse le Kenya dans des nuages épais de poussière ; les gens et la végétation se minéralisent sur le bord des routes et nos poumons aussi.

Notre bus s'arrête. Pas fortuitement ; l'endroit est stratégique ; il y a un magasin d'objets souvenirs attenant à une pergola où on pourra s'asseoir
pour manger. Chacun doit manger ce qu'il a dans une boîte en plastique qui lui a été confiée le matin. Nourriture de survie sans plus. Difficile d'accéder à la pergola ! Des hommes nous hypnotisent de paroles, de
sourires, d'amabilités et nous conduisent irrésistiblement vers le magasin de souvenirs. Des surfaces recouvertes d'objets ; dès que notre regard s'attarde plus de la demie seconde sur un objet il est ramassé et considéré comme désiré, le prix est fixé ; le marchandage lancé, nous sommes harcelés par le vendeur ; il faut dire non et non sans fin et sans qu'il en soit tenu compte, la vente étant relancée aussitôt en ajoutant un autre objet au premier ; à devenir fou!!! Notre chauffeur reçoit sans doute une commission proportionnelle au chiffre d'affaire apporté par le contenu de son mini-bus pensons-nous.

"Papiers !!!"
Hé non ! Nous ne sommes pas dans nos banlieues et nous ne sommes pas non plus en France ! Nous n'en finissons plus d'être arrêtés et de montrer nos
passeports et de remplir des registres et de signer ; la situation est inversée ; le délit de faciès est de notre côté ici ; la brusquerie et laméfiance ont changé de camp.

Plus tard, nous quittons le Kenya, nous sommes en Tanzanie mais ce sont les mêmes savanes desséchées ; les mêmes arbustes épineux entêtés ; La même
plaine infinie qui tente de faire oublier que son rouge est désolant, stérile, en exhibant d'autres couleurs, brûlantes ou paisibles, de végétations illusoires.

Dernier arrêt avant l'arrivée.
Encore un registre à signer mais il faut attendre ; quelqu'un est à la recherche du préposé.
Le Kilimandjaro est là devant nous ; paisible ; on le regarde ; humble ; on se regarde ; l'un des deux bouffera l'autre et qui ce sera ? Oui qui …Toi... ou moi ?

En face, un village fait de déchets de scierie ; tous les toits des éléments très bas se chevauchent et s'entremêlent ; comment vivre ici ?
Comment font ceux qui habitent au milieu ? Ils passent chez les voisins ?
Est-ce que le terme de voisinage concerne ce mode d'habitation ?
Humainière obscure et mystérieuse dont on ne saura rien d'autre que ces sourires radieux d'enfants.

Nous dormirons cette nuit dans un joli Lodge (Qu'est-ce que ça veut dire ce mot-là ? Ravissantes petites constructions de bois au milieu d'espaces plantés bien verts et fleuris ? ) . Demain sept heures petit déjeuner. On devra amener sur la pelouse un sac, fourni par l'organisateur et ne
contenant que sept kilos (Il nous avait été annoncé neuf kilos autorisés mais c'est devenu sept) de nos affaires indispensables ; ces sacs seront portés deux par deux par un porteur ; notre sac à dos sera porté par nous, toutes nos affaires en surplus seront gardées au Lodge jusqu'au jour de notre retour puisque nous y dormirons à nouveau alors. Ce sera après ...après toi, là, en face ?

Au dîner du soir nous rions beaucoup, à la mesure de notre appréhension cachée.
Il est beaucoup question des conjointes restées à la maison.
Humour mais affection. Affection virulente.
- Si nos épouses marchent ? Mais si nos épouses marchaient, nous nous ferions autre chose ! me résume Jacques en s'esclaffant.
Les façons africaines de cuisiner les légumes sont délicieuses. La viande et le poisson sont assez secs par contre et sans intérêt gustatif.

Qui je vais bien aimer dans ce groupe ? Lesquels deviendront mes amis ? Lesquels me déplairont ?
Nous sommes quatorze dont deux femmes. Nous reconnaissons notre propre
émotion les uns dans les autres. Pourquoi tu es là toi ? Qu'est-ce qui t'a fait rêver et t'a amené ici ?

« Elles te feront un blanc manteau ... la la la la ... où tu pourras dormir, dormir.. » dormir.. dormir. La Perte ne se fait pas dans l'espace, non. Si La Perte
se faisait dans l'espace elle ne serait pas souffrance. La Perte se fait dans le temps. C'est dans le Temps la souffrance alors. Le Temps c'est la dimension où a lieu la souffrance. Il faut que je bloque le Temps pour
arrêter de souffrir. Ne plus rentrer dans la dimension Temps, la refuser.

Premier jour d'ascension :

On a transporté toutes nos affaires dehors. Les porteurs sont venus les chercher et ont posé tous nos sacs sous les arbres trois cents mètres plus loin près des marmites, tentes, sièges pliants, bonbonnes de gaz, tables pliantes, lampes , vaisselle, nourriture pour une cinquantaine de personnes durant cinq jours, bidons d'eau etc.
Tout est pesé et réparti entre les vingt-huit très jeunes hommes qui ont eu la chance d'avoir été embauchés comme porteurs. Pendant ce temps on nous présente le chef guide Elias, son assistant guide Abeid, le cuisinier très édenté Emmanuel et son jeune assistant Emmanuel aussi. Abeid seul parle français.
Qu'est-ce qu'on attend ? Ah ! Voilà celui qu'on attend ! Le préposé au registre-signature-passeport !
Quoi ? Tu allais partir en montagne sans ton passeport ?
Je cours, accompagnée d'Abeid, chercher mon passeport au Lodge ; une fille m'attend dans la cour avec la clef ; intuition féminine ? Téléphone portable.
En courant près de moi, Abeid me demande mon prénom, me demande de le tutoyer et
accepte en échange de me tutoyer.
Tout en couvrant de renseignements personnels une ligne cloisonnée de
quarante centimètres, j'essaie de jeter un coup d'oeil sur ce qui concerne mes co-aventuriers. A part le couple trente-sept - quarante-deux ans nous avons tous plus de la cinquantaine ; mes cinquante-six ans me situent au centre du groupe. Impossible de voir à qui sont les deux ou trois professions que j'arrive à lire : professeur ; ouvrier ; chirurgien.

Pour partir nous devons nous mettre en file indienne. Ce qui suscite des
petits commentaires agacés derrière. Je me place à la suite immédiate du guide. L'agacement est exacerbé par la lenteur exagérée donnée à notre allure par Elias inébranlable ; allure déclarée fatigante ; garder son pas en suspend comme ça mais c'est épuisant parait-il. Moi ça m'est égal d'aller si lentement car du coup, alors que nous nous enfonçons dans la forêt, Elias me montre la diversité des cultures sur les pentes ombragées ; le maïs est planté mêlé aux haricots (que je dois goûter) aux oignons, aux tournesol, aux pois (que je dois goûter) aux pommes de terre. Plus tard,
quand il n'y a plus que des arbustes et quelques grands arbres, de sa canne il me désigne des singes, des traces de buffles, des bouses d'éléphant, des
fleurs inconnues ; il m'apprend des mots et des expressions en swahili, me fait choisir la direction à prendre si deux chemins se présentent pour aller au même endroit, me fait écouter des barrissements lointains qui lui font baisser la voix.

A midi nous découvrons le contenu de notre boîte pique-nique ; catastrophe! Mais c'est tout ? Il n'y a presque rien dans la boîte ! En fait nous sommes déjà haut (2400 m) et nous n'avons plus d'appétit. C'était juste l'habitude qui nous faisait crier famine. Les cuisiniers eux le savaient et en avaient tenu compte.

Nous poursuivons encore jusqu'à 28OO m, à travers une végétation moyenne plutôt fleurie. Cela fera en tout quatre heures de marche à la Elias. Nous
arrivons les premiers à notre campement ; des allemands et des anglais s'établiront ensuite dans la clairière. Nos tentes sont déjà montées ; le porteur de mon sac m'attend près de ma tente ; il espère un pourboire mais il l'aura à la fin avec les autres porteurs qui ont transporté de quoi me nourrir et m'abriter.
Minutes grave, c'est à nouveau la cérémonie, amusante pour certains,exaspérante pour d'autres, de la signature du registre avec les renseignements personnels à remplir de nouveau. Je ne cherche pas à
compléter mes investigations sur mes compagnons ; je suis dans un autre monde maintenant.
Nous sommes guillerets et tout fiers de notre endurance !!! C'était tout ?
Mais ce n'est pas assez ça pour des marcheurs comme nous ! Tiens on va pousser jusqu'au ruisseau !
Les autres, assis sur les roches, se mettent les pieds dans l'eau ; je monte chercher un endroit agréable pour laver mes cheveux rouges de poussière ; pas de coins agréables ; dès qu'on la touche, l'eau se trouble
de cette terre rouge omniprésente en Afrique. Je renonce et rejoins lesautres.
Il y a un homme très agité qui leur parle avec volubilité et grand bruit ; je ne vais pas le déranger il a l'air de leur raconter un truc très intéressant ; je retourne à ma tente.
Les voilà qui arrivent penauds ; ils étaient en train de se faire méchamment quereller car ils avaient leurs pieds dans cette eau que les
gens du village boiront ensuite à un kilomètre plus bas ; c'était inadmissible et cet homme était là pour veiller à la bonne marche des choses mais il les vilipendait dans un anglais que personne ne comprenait et comme nul n'obtempérait il s'était déchaîné outre mesure.
" En donnant des dollars tu pouvais." nous dit notre apprenti guide qui connaît le mode d'emploi.

Opération vidange ; c'est la grande, la véritable, épreuve du jour. Deux cabanes en bois sont construites aux alentours. Au centre, à même le plancher, un trou assez petit ; ma co-aventurière m'a prévenue : rentrer en apnée ; bien viser sinon t'en as plein les pieds parce que ça éclabousse ; rester en apnée le plus longtemps possible ; Olala !!!! Quand tu es obligé de reprendre ton souffle !!!! Olala ! Tu regrettes de n'avoir pas été la partenaire de Régis Tooney dans « You're in the Army » le film avec, 3
minutes 50 secondes, le plus long baiser de toute l'histoire du cinéma !
Olala !!! Tu aurais eu la technique pour tenir plus longtemps ! Olala !!!!
Te dis-tu en secouant tes pieds mouillés dans tes sandales !! Olala !!

Il fait si chaud ! On sue tellement ! On manque d'appétit, la digestion se fait très lente, à cause de l'altitude peut-être. Tout cela tend à raréfier le redoutable passage dans la cabane.
Les Allemands sont bruyants à côté ; on se côtoie sans faire connaissance ; ils sont très démonstratifs et amicaux avec nos guides ; je dis à Abeid :"Ils ont l'air sympathiques"
- Quand on leur amène leur nourriture ils sentent leur assiette comme ça, me répond-il portant son assiette à son nez et imitant une méfiance dégoûtée.
Bon tout va bien ! Ce n'est pas eux qu'ils préfèrent ! Moi j'ai envie qu'ils nous préfèrent nous. Nous nous sentons bien avec eux ; ils prennent
grand soin de nous ; les conditions de vie sont rudimentaires sur tous les plans car on ne peut s'encombrer, mais leur attention est toute autour de nous ; ils veillent sur nous ; avec discrétion.
Notre groupe se resserre ; il y en a vraiment des rigolos ; Thomas de l'Aveyron par exemple avec une personnalité très décalée, l'air toujours ailleurs, à côté de la plaque ; et toujours, absolument toujours, la répartie la plus drôle au moment le plus drôle ; sans y faire vraiment attention ; drôle comme on respire. Personnalité détachée, qui fait l'unanimité très vite. Un autre fait aussi dans l'humour et la tendresse,la gentillesse, un Belge, Matthieu. Evidemment il a dû affronter nos
railleries françaises sur les Belges qu'il a très bien prises ; mais lui nous a demandé ce qu'avait écrit Jules César sur les Belges et qu'il n'avait pas dit des Français (Mais c'était sûrement un oubli de la part du
grand Jules ?) : "De tous les pays que j'ai eu à combattre les Belges ont été les plus courageux". Alors on a appelé Matthieu ensuite
" Le représentant de la Vaillante Petite Nation " ça faisait plaisir à tout le monde ; nous on a pu continuer nos blagues nulles et lui il savait
comme ça que c'était juste parce qu'on ne pouvait pas s'en empêcher.

Le repas est sobre sous l'abri commun ; ça laisse la place belle aux conjointes qui refont une apparition musclée ! Quelles femmes ! Femmes vraiment ? Elles sont là à balayer la table de leur queue de serpent, elles cassent tout de leurs ailes effrayantes ! Leurs pauvres hommes doivent aller si loin pour se garer de leurs griffes de lion ! Des dragonnes ! Quel grand mystère que l'amour incontestable de ces hommes pour leur femme ! Ils ne peuvent s'empêcher de parler de leur conjointe dès que possible mais toujours des façons les plus brutales qui soient. Devant notre menu frugal, Jacques nous raconte qu'un jour en Bretagne il avait mangé tant de homards qu'il en avait été très malade. Fabrice, le plus timide, à côté de moi murmure "Homard t'as tuer ?".

Dans la solitude sombre et froide de ma tente je ne peux pas dormir? dormir ?dormir ? Si je ne veux pas La Perte je ne dois pas souffrir pour ne pas donner au Temps de la dimension. Ne pas donner au Temps l'espace où il pourrait se dérouler et ainsi donner de l'espace à la souffrance pour exister. Repenser La Perte. Repenser Perdre. Bloquer le temps pour ne pas
Le Perdre. Risque de folie. Qu'importe la folie, je ne suis plus à cela près. Je ne suis plus d'un monde défini.

à suivre.....


Dernière édition par Mimi* le Mer 31 Déc - 18:55, édité 2 fois




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Margot Re: LE KILIMANJARO...

Message  Mimi* le Sam 30 Juin - 12:34

Çà gaze? "

A quatre heures du matin, Jacques a une urgence. Toutes ces choses qu'il doit raconter à son ami Jo qui occupe la même tente que lui !!!! Le débit est haut, précipité, ininterrompu ; ce serait une question de survie que ça ne m'étonnerait pas ! Huit heures de marche nous attendent au cours desquelles nous passerons de 2800m à 3800m ; pourtant on ne va pas se disputer déjà ? Si. René ne supporte plus et donne vigoureusement l'ordre de se taire. Répit jusqu'à six heures où les porteurs et le personnel se
réveillent. C'est trop tôt pour nous.
A six heures trente j'entends les Français se lever et se préparer ; je fais la même chose dans ma tente, sans bruit ; j'ai la petite douceur d'entendre une voix gentille : « Marie tu es réveillée ?
C'est ce qui est merveilleux dans ce groupe ; inutile de faire son trou, de chercher à se faire admettre, de s'imposer. Chacun a trouvé d'emblée une place entière avec sa dose complète de sympathie, de respect, d'attention, de solidarité, d'amitié.
Oui je suis prête et je sors mon barda.

Les porteurs sont là à nous regarder quand nous mangeons assis sur des sièges, à table, dans la fraîcheur du matin tout pénétrés de la vigueur de
la nature autour de nous.
- Ils ont déjeuné ces petits ?
- Quels petits ?
- Ils ont l'âge de mes enfants tous ces porteurs
Ça leur parait bizarre de comparer les porteurs à nos enfants.
Quand mangent-ils ces gosses ? Sur le pouce une bouillie de céréales africaines,très énergétique parait-il ; on monte comme rien ensuite même en portant de lourdes charges.
On a envie de goûter à la potion magique nous aussi mais on ne peut pas, il n'y a que ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits qui ont le droit d'en avoir.

Quoi !!! C'est maintenant que nous avons fini de déjeuner que les deux guides et les deux cuistots s'installent à notre place pour boire leur café ?
Mais ils ne s'en font pas ! On devait partir à huit heures ! A quelle heure on va partir là ? Louis s'impatiente, la fébrilité le gagne. Mais il est pressé pourquoi au fait ? Quand on décide de faire quelque chose à une heure précise on s'y tient ; voilà c'est sa philosophie. Mais là, ces gens sont en retard pour nous avoir servi tout le temps que nous avons voulu ;
tant que nous avons occupé la place ils ont attendu. Il semble en outre qu'ils ne consomment que ce que nous avons laissé, c'est ce qui ferait qu'ils ne peuvent manger qu'après nous ? Louis rumine encore un peu mais devenu lui-même un objet de notre curiosité il n'aime pas ça et se calme.

On repart.
Peu à peu nous sommes dépassés par les porteurs qui ont eu le temps de peser et se répartir à nouveau les énormes charges qu'ils acheminent sur leur tête.

Il y a de nombreuses bouses d'éléphant dans cette partie du chemin ; des chemins d'éléphants et des arbustes cassés qui témoignent de passages pas
si lointains. Les guides chuchotent. Il ne faut pas avoir peur car alors nous secréterions de l'adrénaline. L'adrénaline prévient un animal de notre peur et si nous avons peur nous devenons un danger ; quand on a peur on attaque ; pour ne pas être attaqué l'animaldoit attaquer le premier ; d'où ces animaux qui attaquent ceux qui ont peur d'eux.

Nous arrivons, à la suite d'Elias, qui nous a encore imposé sa marche à allure très lente forcée, devant une grande grotte de roches volcaniques où une table est dressée. Mais notre repas n'est pas prêt et c'est le groupe des jeunes allemands qui s'y installe ; c'est à eux qu'on apporte des spaghettis et du fromage râpé ma foi bien appétissants ; quand ils seront partis nous aurons du riz et des légumes. Nos cuisiniers ne sont pas les mêmes. Et d'ailleurs le riz c'est bon aussi.
Il y a une grande solidarité entre nous et notre équipe ; nous acceptons tout d'eux, nous avons confiance, ils font pour le mieux. Au fur et à mesure que l'altitude augmente nous abandonnons entre les roches éruptives et les éboulis magmatiques nos velléités de nous accrocher à des anticipations culinaires ou autres.
La végétation a jeté l'éponge depuis un moment déjà. Allongés sur les roches volcaniques nous paressons en plein soleil en attendant le signal dudépart. Abeid et le plus âgé des Emmanuel parlent en swahili et rigolent bien. Ca intrigue beaucoup Jacques ces Africains qui parlent, qui parlent, sans arrêt ; c'est quelque chose ça ! Ils ont toujours quelque chose à se dire ! Ca
jacasse, ça jacasse ; pires que des grenouilles ! Il n'en peut plus, hoche la tête et interpelle Abeid :
« Vous avez toujours quelque chose à dire vous hein ! Vous parlez tout le temps !
Abeid le regarde ; il pourrait se moquer ; c'est l'homme qui a réveillé tout le camp avec sa logorrhée matinale qui lui dit ça. Après un petit moment il dit seulement :
- C'est la façon Swahili.

Bientôt nous progressons doucement vers les 3800 m. Le pas d'Elias est si lent que ça ne se voit pas si on est fatigué ou non ; même nous on ne le sait pas. Nous sommes accueillis à la pause, à mi-chemin sur un bout de terrain plat, par les rires des Allemands ; ça doit leur paraître ridicule de marcher ainsi ; notre différence d'âge aussi doit leur paraître ridicule; et notre prétention à faire la même chose qu'eux les trentenaires. Notre guide est le plus vieux de tous, nous sommes bien assortis !
D'ailleurs bientôt ils s'en vont de leur pas agile et disparaissent rapidement.
Je n'ai aucune ampoule ; je ne suis absolument pas fatiguée ; tout va vraiment bien.
Il y a de belles photos à prendre ici pour ceux qui veulent.
Quand on en a vraiment marre de se reposer, Elias accepte de reprendre le chemin.

Arrivés vers 3600 m nous sommes deux à commencer à être malades. Jacques perd son souffle de façon inquiétante et moi j'ai envie de vomir ; je suis
malade comme je le suis en voiture. Des spasmes nauséeux me rendent la vie difficile. Quelqu'un fouille dans mon sac et me tend mon bâton télescopique
; je ne cherche pas à savoir qui c'est, je suis trop mal.
Elias poursuit avec le gros de la troupe et Jacques et moi nous nous laissons distancer, restant auprès d' Abeid dont nous faisons pour la première fois connaissance avec la patience infinie.

Nous arrivons au camp une demie heure après nos camarades. Le retard n'est pas assez grand pour que ce soit inquiétant pour la suite.

Nos tentes sont montées, le porteur de mon sac m'attend à côté de nouveau, retentant sa chance pour un pourboire. Mais non, il n'aura rien avant la
fin, ce serait injuste pour les autres.
Nous sommes éblouis pas nos porteurs ; ils sont très jeunes, fiers, maigres, rapides, surchargés. Qu'il faut avoir faim pour faire ce travail !
Il n'y a pas d'eau de trop pour nos toilettes que nous devons faire avec
des lingettes humides qu'on nous a recommandé d'apporter. Nous devons les jeter dans une poubelle collective ; la montagne ne doit pas être salie.
C'est pourquoi aussi le passage aux cabanes est obligatoire ; nul ne doit chercher sa petite place dans la nature ; ou alors enterrer ses déjections et ramener le papier souillé dans la poubelle commune. Le plus simple c'est encore les cabanes vers lesquelles on se dirige non plus accablé comme au premier jour car maintenant on a attendu le tout dernier moment, celui ou on ne se pose plus de questions !

Très vite après notre installation sur cette aire aride et désolée, une averse est tombée, d'une violence formidable ; je suis rentrée dans mon sac de couchage et, blottie au chaud, je me suis endormie. Je suis
merveilleusement heureuse.

Quand je me réveille il n'y a plus de traces de pluie ; tout est déjà sec ; noyé de brume. Il fait assez sombre et très froid. Je n'ai plus envie d'être seule et me dirige vers la tente des repas.
Abeid et le jeune Emmanuel y sont ; ils écrivent dans un carnet. Abeid est en train d'apprendre de l'anglais à Emmanuel. Emmanuel disparaît dans la cuisine et Abeid décide de m'apprendre le swahili.
C'est simple le Swahili dit-il ; et ça coule tout seul ; c'est pour ça qu'ils parlent vite.

Plus tard les autres arrivent ; la lampe a été accrochée ; les hommes racontent des histoires drôles. Ils n'ont pas encore assez souffert à ce moment-là alors ils ont encore de la rancune contre leur femme. Je ris un peu jaune de leurs histoires misogynes mais il y en a qui sont amusantes ; j'apprécie particulièrement celle-ci :
Comment on appelle le vagin au Portugal ?
L'écluse car c'est pour faire passer l'péniche.
Mais quand on arrive à :
Comment on appelle la graisse autour du vagin ?
La femme.
Je commence à en avoir marre. Moi aussi je peux en raconter des histoires salaces . J'en connais une qui jette l'effroi, c'est l'histoire qui tue! Alors c'est deux bonnes soeurs qui traversent Pigalle et l'une d'elle,
prête à s'évanouir, demande à l'autre : Ma soeur ! Voyez-vous le nom de
Notre Seigneur écrit sur le dos de cette prostituée ? !!! Quel outrage !!!
Quel sacrilège ! Pendant ce temps la prostituée en question demande à sa copine près d'elle : tu es sûre que qu'ça s'écrit comme ça je sus ?
Silence consterné de mon auditoire. J'interpelle mon voisin :
« Elle n'est pas rigolote mon histoire ?
- Si mais je suis gêné
- Et tu crois que je ne suis pas gênée moi quand j'entends que la graisse autour du vagin ça s'appelle la femme ?
On ne se racontera plus d'histoire drôle. Et je ne me rappelle pas de propos misogyne après ce soir-là. Mais il faut dire aussi que les choses allaient devenir vraiment difficiles. Dans ces moments-là, l'amour
redevient l'essentiel, ce qui donne de la force. Et de la force, nous allions en avoir besoin !

Mais auparavant dormir?
? dormir ? dormir ? bloquer le Temps ? refuser La Perte ? le Bonheur arrête le Temps, le Bonheur c'est la dimension de l'Eternité, le Bonheur rend le
Temps immobile ? on se cramponne à la Confiance, à la Vérité, c'est lié à la peur de Perdre, ce sont des assurance contre La Perte ça aussi ? pourquoi La Perte c'est si redoutable ? Pourquoi n'est-ce pas anodin comme l'Ennui?"

...à suivre...




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Margot Re: LE KILIMANJARO...

Message  Mimi* le Sam 30 Juin - 20:45

Çà gaze? J5

Elias m'avait réclamée derrière lui pour que je sois plus stimulée sans
doute ; malgré tout j'ai décroché assez vite. Ce matin, je me suis réveillée avec des nausées, l'hygiène autour de la nourriture n'a-t-elle pas été suffisante ? J'ai une très grosse toux aussi et j'ai mal à la
gorge. Voilà ! C'est mon vaccin BCG qui n'a jamais pris ! Maintenant j'ai peut-être attrapé la tuberculose ici en Afrique !
Plusieurs compagnons toussent aussi. Il y en a un qui a une technique de renâclement effroyable ; il a atteint la limite humaine du répugnant ; après lui vous pouvez jeter l'éponge vous n'arriverez pas à faire pire. Pas économe de sa technique il nous en fait la démonstration sans arrêt et même à table.
Cloués sur place par le dégoût on arrête de mâcher :
« Ça va comme tu veux maintenant ? Je lui dis.
- Non mais tu as raison ! C'est plein de vitamines tout ça ! lui assure Louis.
En tous cas maintenant il faut marcher et mes poumons sont lourds, comprimés, pleins d'un sale truc. Ma gorge est si enflée que ma glotte au milieu me fait l'effet d'un grain de raisin qui envahit le peu d'espace
libre ; impossible d'avaler sa salive ou de déglutir ; et ça fait mal.
Jacques est tout rouge et tout gonflé ; il a tout le temps besoin de s'arrêter aussi, comme moi. Près d'Abeid nous regardons sans regret les autres s'éloigner très lentement.
Abeid veut me persuader de lui laisser mon sac. Il est lui-même surchargé, il n'en est pas question.
- Non ! Il n'est pas lourd !
- Moi je crois qu'il est lourd.
Quand les nausées m'ont enlevé toute résistance il s'accroche mon sac sur la poitrine et le vent frais qui joue alors avec ma sueur sur mon dos est si délicieux que la vie me revient.
Nous avançons dans un paysage de cendres et de roches volcaniques. Ici je peux penser à mon enfant sans souffrir. Il me semble que nous sommes au
même endroit. Je n'ai plus du tout de frontières ; je ne suis plus confinéeen moi ; je suis dissoute dans l'Existence.

Arrivés à l'étape du mètre 4800, au pied du cratère du Kilimandjaro les copains m'accueillent avec des rires :
- Tu sais t'y prendre !!!
- Tu vois Abeid ! Maintenant à cause de toi ils m'accusent !
- Il est beau ton porteur personnel

Mais je n'ai pas un regard de consommatrice sur les humains et de plus, dans le cas présent, ces blagues me paraissent complètement incestueuses,
cet enfant pourrait être le mien.


Nous sommes arrivés à treize heures de l'après-midi. Quelques formalités à remplir comme le passage aux cabanes.
Le repas.
La remise en ordre de nos sacs après avoir retiré ce dont nous aurons besoin pour l'épreuve finale.
Le moindre geste nous épuise. Chaque geste utilise trop d'oxygène pour le peu que nous en avons. Ensuite il faut récupérer, essoufflés un bon moment,
et haletant comme après un sprint.
Ça fait un moment que les repas précédents nous restent sur l'estomac. Jean fait des rôts sonores qui ne me dégoûtent même pas car on est remplis de gaz aigres dont on cherche à se débarrasser comme on peut ; si je n'étais pas si conditionnée je ferais bien comme lui.
Nous sommes pour la première fois dans un refuge ; des matelas de mousse épaisse nous attendent tout le long du mur de droite sur deux étages. Il est quatorze heures. Il y a une place en bas pour moi. Je n'attends pas plus, je m'y allonge. C'est bon ! Le sol est plat ! Dormir à l'horizontal !
Quand j'ai réussi à reprendre mon souffle, je me délecte du moment présent dans mon sac de couchage. Bientôt rejointe par les autres. Jean s'écrie en s'allongeant à côté de moi :
- A côté de Marie ! Quelle chance ! Tu peux te serrer contre moi si tu veux.
Et comme je fais mine de le faire :
- Il ne faut pas que René le voie ! Il va le dire à ma femme ! éclate-t-il de rire.
Charmante taquinerie ; petit rayon de soleil avant la tourmente.
On s'endort. Ceux qui peuvent, car la jeunesse allemande dans l'autre pièce du refuge a la veillée d'arme bruyante. Moi je dors.
A cinq heures, Abeid nous apporte du thé et des biscuits avec du pop-corn.
Je ne bouge pas. Pas faim. Elias vient nous donner les consignes. Solennel.
L'heure est grave ; l'atmosphère tendue ; la conscience de la difficulté de ce que nous allons faire nous rend très vigilants à l'Instant. Voici :
nous nous recoucherons et nous serons réveillés à 23h. Nous dînerons et ferons remplir nos gourdes d'eau chaude, bouillie pendant notre sommeil.
Nous nous habillerons chaudement et commencerons l'ascension finale
. Nous devons prendre absolument le minimum dans nos sacs et laisser le reste aux porteurs qui eux ne monteront pas ; ils nous attendront à la
prochaine étape.

Nous nous recouchons. J'ai trop bien dormi auparavant et je n'ai plus sommeil. Jean s'agite à côté de moi, contrarié par les ronflements qui s'élèvent d'un peu tout le monde. On est si fatigués que les muscles de la gorge et le voile du palais, déjà mis à mal par l'âge, sont là complètement relâchés. Et dormir à plat n'arrange pas les choses. Il se tourne vers son
voisin, le secoue :
- Mais René ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
René est englouti dans un autre monde et il lui faudrait bien plus que cela pour l'en faire resurgir. Jean se désespère. Ça me donne le fou rire.
Pendant ce temps les heures passent. Ni lui ni moi ne dormons. A ma gauche,
Jacques se réveille en pleine panique ; il n'arrive plus à respirer ; il cherche désespérément un souffle qui est en train de disparaître. Il a le visage très gonflé et les yeux exorbités. Il ouvre la bouche, sort
désespérément la langue pour que l'air puisse entrer, il est très rouge. Je sors la main de mon sac de couchage et la pose sur son crâne. Je masse
doucement le crâne avec le pouce. Il semble s'apaiser. Chaque fois que j'enlève ma main l'essoufflement reprend. Quand je vois que l'essoufflement
a pris une irrégularité de croisière j'enlève ma main. A ma droite, Jean s'est endormi et je commence à avoir sommeil. Oui mais c'est l'heure des vessies prêtes à livrer leur fruit. Les uns après les autres il y en a qui
se lèvent, ouvrent la porte qui grince, ne peuvent la refermer car elle se bloque de l'intérieur avec une grosse pierre ; et la porte claque tant que l'absent n'est pas revenu ; certains ont la bonne idée de se lever ; avec une contrariété qu'il faut bien manifester, c'est naturel ; rebloquent la porte ; la pierre racle péniblement le plancher quand la porte est à
nouveau ouverte pour permettre à l'absent de rentrer.

J'ai dû m'endormir finalement quand la porte est ouverte cette fois avec autorité. Voici le dernier repas. Celui de vingt-trois heures. Pas faim. Je
reste couchée. Les autres se forcent un peu. Puis nous nous préparons.
Trois couches à presque tous les étages : trois paires de chaussettes, une fine une moyenne, une très haute avec de la laine ; trois pantalons, un collant, un jogging, un pantalon imperméable par-dessus ; trois vestes ; trois paires de gants, soie, laine, ski ; écharpe et bonnet avec oreilles bien couvertes.
Les nausées m'assaillent ; j'essaie de faire le noeud de mes chaussures ; j'arrive péniblement pour l'une ; je suis en train de reprendre difficilement mon souffle quand Abeid vient et me noue la deuxième chaussure ;
- Tout le monde est à tes pieds me plaisante laborieusement René
Je ne suis pas du tout sûre de moi ; je demande à Abeid :
- Tu crois toi que je peux monter là haut ?
- Oui je crois que tu peux monter ; j'ai vu que tu es solide.
Il ferme sans effort la combinaison de ski qui me faisait à moi de
l'opposition.
S'il croit que je peux monter alors je dois pouvoir le faire puisqu' Elias
et lui ont accepté de laisser Jacques dormir au refuge.
Il est minuit.

à suivre......




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 "Ici on peut déposer... ses délires, ses coups de gueule, ses coups de bluzz... ses joies... ses questionnements... Ici on peut se lâcher sans être jugé... mais si on a pas d'humour... il vaut mieux passer son chemin..." (Mimi*)
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Margot Re: LE KILIMANJARO...

Message  Mimi* le Lun 2 Juil - 1:36

Çà gaze? "J6
- Jo poa ! me dit Elias avec un signe de son index
Viens ici ça veut dire. Je vais me mettre derrière lui.
Durant deux cents mètres de dénivelées, je peux croire que tout ira pour le mieux, mais à partir de là des hoquets nauséeux me plient sans arrêt sur
le bord du chemin ; si je pouvais vomir ! Impossible.
Mes compagnons disparaissent dans les grands lacets du Kilimandjaro. Je n'ai pas la force de les suivre des yeux ; il n'y a plus aucune pensée dans mon cerveau ; la moindre pensée me fait mal ; Abeid est avec moi ; il me tient par les épaules et me dit :
- Vomis
Mais je ne peux. On se remet en route. Je m'arrête. Je veux vomir. Je veux dormir. Abeid me surveille sans arrêt.
- Ne dors pas Marie
Ou :
- Ne dormez pas madame
Ça c'est quand je résiste et qu'il doit devenir autoritaire
Je marche un peu, quelques pas.
Je vomis. Encore. Encore. Encore.
Je vais drôlement mieux !!! Je marche allègrement ; la vie est belle !
Ça ne dure qu'un moment. Les nausées reviennent ; les hoquets vides d'abord, l'attente de la répugnante dégurgitation, là devant tout le monde ; puis enfin l'heureuse délivrance ; qui que ce soit qui passe par là à ce moment-là je n'en ai plus rien à faire.
Mes repas des deux derniers jours éclaboussent les uns après les autres le Kilimandjaro.
Chaque fois Abeid sort ma bouteille d'eau de mon sac. Elle est glacée et c'est bon. Thomas y a ajouté du Rickless hier soir.
Abeid me laisse boire et la remet.
Chaque fois que j'ai vomi tout va mieux. Je marche agréablement. Mais bientôt l'accablement me vide à nouveau de moi.
Je m'appuie sur mon bâton, je voudrais somnoler un peu ; tout irait mieux pour moi si je pouvais juste rester un peu les yeux fermés ; de toutes façons ils ne me servent à rien mes yeux ; ils ne peuvent rien communiquer à mon cerveau, il y a la grève générale là-haut ! L'entreprise est en faillite ; le stock est abandonné.
- Ne dors pas mon amie ; c'est dangereux.
Je n'ai même pas le désir de savoir pourquoi c'est dangereux, je ne suis qu'une mécanique douloureuse, sans pensée.
Ma bouche est si desséchée ; il n'y a plus le moindre recoin humide ; je ne peux plus parler ; je m'aperçois que c'est la salive qui permet de rendre les divers organes de la bouche mobiles pour parler ;
Elle me fait un mal de chien ma bouche jusqu'en bas de la gorge ainsi que tout le palais. Et cette glotte qui pend sur la langue et qui entraîne sans cesse le réflexe de déglutition alors qu'il n'y a rien à avaler ; ça fait trop mal !
Il est six heures ; Le Mawenzie est en feu en face de nous ; le soleil l'a couvert de son brasier ; il convulse dans les ors et les rouges.
- Que c'est beau !
Le soleil sort juste à la pointe du Mawenzie ; un point de feu sur un I noir frémissant de lumière. Beauté violente du pays des hommes noirs !
- Allez viens avec moi !
Je le suis. Quelques pas seulement.
- Tu crois que je vais arriver là-haut ?
- Oui tu vas arriver.
Un vent glacial s'est levé ; mes mains me font mal à hurler ; j'ai déjà deux paires de gants et pas la force d'ouvrir mon sac pour rajouter la paire de gants de ski ; je vais perdre mes doigts là ! Ça fait trop mal ;
je pleure ; en agitant les doigts qui sont en train de se solidifier me semble-t-il ; Abeid me met les gants ; ouf ! Ça va mieux
- On continue mon amie
- Allez suis-moi Marie
- On avance Marie
- On y va Marie
- Il faut continuer mon amie
- Ne dors pas
- Réveille-toi
- Allez venez madame
- On s'assoit à cette roche-là tu vois ?
- On va jusqu'à la grotte là
- On décidera à cet endroit là
- Il ne faut pas dormir mon amie
- Tu as de la patience avec moi Abeid !
- Oui j'ai de la patience, ne t'inquiète pas
Le lacet devient de moins en moins large à travers la pierraille. Les lumières luisent dans la montagne, lampes frontales, joli serpent de feu ; je vois l'endroit où le serpent de lumière se fond dans le ciel ; le sommet n'est plus impossible ;
- Mais toi Abeid ! Tu n'as pas de lampe ? Tu vois comment ?
- Mais si j'ai une torche dit-il en désignant sa poche où la torche éteinte ne sert à rien. Et il y a la lune !
Bientôt la lumière du soleil est suffisante. Abeid éteint ma lampe frontale
; le sommet n'est plus loin ; dix mètres de roches éboulées à contourner ;
un dernier rocher où se hisser ;
- Je suis fier de toi me dit Abeid en me prenant contre son épaule
Je suis heureuse je suis ARRIVEE sur le Kilimandjaro ; je m'allonge sur les rochers et je m'endors.
Une demi-heure plus tard je me réveille ; Abeid n'a pas perdu de temps ; il a négocié une photo avec un touriste anglais ; comme je n'ai pas d'appareil photos, l'Anglais doit nous prendre en photo avec son propre appareil devant la pancarte du sommet et enverra la photo à Abeid qui me l'enverra ensuite. Ainsi soit fait.
Les autres ont poursuivi jusqu'à l'autre sommet, cent mètres de plus de l'autre côté du cratère. Nous ne les rejoindrons pas ; le temps est en train de changer nous allons redescendre. Le cratère est magnifique. Les neiges impressionnantes ; mais le glacier est en train de mourir lui aussi à cause du réchauffement de la planète. Je partage avec Abeid un morceau de mon chocolat noir 84% de cacao. Ce n'est plus du chocolat ; c'est comme si je mâchais une tige de bois ; impossible d'avaler ; Je recrache tout et cache mon chocolat entre deux pierres pour qu'il reste là, invisible, à copiner avec l'espace, avec l'immense et pour que le Kilimandjaro soit augmenté de ce petit morceau de matière qui se réchauffera et se refroidira au rythme de sa respiration.

Nous redescendons.
Je vais bien ; Abeid ne m'aide plus du tout ; il descend à fond de train sur les talons dans les pierrailles ; je ne le lâche pas d'un pouce ; on soulève une poussière dense derrière nous et il faut être au même niveau pour éviter de respirer ça. Ça prend des heures de redescendre. On voit bien le lacet qui évoquent, dans l'imaginaire de ceux qui vivent du Kilimandjaro, un serpent. Nous on descend tout droit ; on passe au travers du serpent. Ça n'en finit plus. Partis à huit heures trente nous arrivons à treize heures en bas, au lieu de rassemblement pour le repas. Abeid me fait
apporter du lait en plus du jus de fruit reconstitué traditionnel. Il a remarqué que je n'avais pas bu de lait la veille et m'a fait la leçon. Il faut boire du lait ! Les autres nous rejoignent une heure après. Nous
sommes exaltés nous l'avons fait ! Jacques est très malheureux d'avoir été vaincu. Dans la troupe des Allemands, huit ont dû abandonner ; nous n'ironisons pas ; pas envie. Elias est un Grand ! Il sait exactement ce qu'il doit faire pour obtenir le maximum de résultat et nous avons eu de la chance de l'avoir et qu'il sache si bien nous imposer la discipline quinous agaçait tant au début.

Après le repas nous reprenons, sous le soleil torride, la route vers le campement pour la nuit, des heures de marche plus loin. Dix-sept heures de marche dans la journée ! Abeid est venu chercher mon sac ; les autres me charrient sur mon porteur personnel ; je lui ai dit :
- Je ne suis pas fatiguée
- Moi je crois que tu es fatiguée
Elias rigole ; lui aussi il croit que je suis fatiguée. Je regarde notre vieux guide, je ris avec lui, je lui dis que c'est vrai, il a raison, je suis fatiguée. On rit tous les deux ; on est heureux ; Lui est heureux car il a amené pratiquement tout son groupe là haut, même moi ! Un seul est resté en bas !
Il est fier du bon boulot de toute son équipe ! Ce n'est pas un boulot facile que de coordonner toute cette expédition ! Rendre les Européens heureux pour que d'autres viennent aussi et apportent cet argent qui donne de quoi vivre. Elias est un très bon chef guide.

Sur la route dans la lande de montagne René et moi nous nous racontons des anecdotes. Puis Abeid vient parler un moment avec moi. Je le questionne :
Il a appris le français à l'école. Il lit maintenant Balzac ou Maupassant.
Il vient de finir Le Petit Prince de Saint Exupéry. Il connaît bien la différence entre prendre quelque chose au premier ou au second degré. Quand
il n'est pas guide il enseigne aux enfants de son village qui n'ont plus de
parents. Il y en a une quinzaine. Leurs parents sont morts du sida. Les enfants aussi ont le sida. Maintenant il y a de la prévention contre le
sida mais c'est difficile de changer la manière de vivre des gens. La scolarité dans les écoles africaines est payante, les orphelins n'ont pas l'argent nécessaire pour y aller. Chaque fois qu'il voit les grands lacets
du serpent en descendant le Kilimandjaro il se dit que cette fois c'est la dernière et qu'il ira maintenant chercher du travail en ville ; mais il n'y a pas de travail et quand on lui téléphone pour remonter, il remonte. Avec nous c'était la quinzième fois. Puis nous avons une grande discussion Louis et moi sur l'enseignement tel qu'il est considéré aujourd'hui. Les
interlocuteurs changent au gré du temps au gré du vent. On ne voit pas les kilomètres passer. On est arrivés.

Je m'installe dans ma tente et je m'endors après avoir usé un paquet entier de lingettes. On vient sûrement me chercher pour le repas mais je n'ai plus aucun souvenir jusqu'au réveil le lendemain matin. Ah ! Si ! On a discuté de la distribution de pourboires. Finalement on a réunit la somme entière dans une enveloppe, on a écrit la somme attribuée à chaque métier, un peu plus que selon les conseils écrits de l'organisateur et on a donné
l'enveloppe à Elias. C'est lui le chef.


à suivre.... Bizoooo




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Margot Re: LE KILIMANJARO...

Message  solaire le Lun 2 Juil - 11:18

Mimi : c'est passionnant !! j'adore

j'aurais bien eu envie de vivre un tel raid, aller au bout de soi même pour trouver ?? la Vérité ? la Paix ?

J'espère que la narratrice Marie la trouvera.. elle a perdu un enfant et c'est son chemin de reconstruction

Mille merci du temps que tu passes pour nous, à nous faire partager cette Odyssée

bisoussssss




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Margot Re: LE KILIMANJARO...

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